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La scoliose (idiopathique) d’un enfant peut-elle s’aggraver parce qu’il est triste ? Autrement dit : le bon ou le mauvais moral influence-t-il le pronostic de la scoliose ?

, 07:44

C’est la question que m’a récemment posée une maman relativement à sa fille qui était instable émotionnellement à la suite d’une brouille avec sa meilleure amie, et parce qu’un podologue lui a dit que cela pouvait aggraver ses problèmes de dos.

Les mots mal digérés peuvent s’exprimer par des maux physiques, c’est vrai. Corps et esprit sont intimement liés et un coup de déprime peut bloquer le dos. On dit alors que c’est psychosomatique, c’est dans la tête, on « en a plein le dos ». Tout le monde le sait plus ou moins désormais. Pourtant rien ne prouve qu’une scoliose puisse s’aggraver brutalement parce qu’un enfant est triste en raison d’un événementiel traumatisant. D’ailleurs quand on n’a pas le même dos que ses copains et copines on a implicitement le moral atteint. De surcroît, si on est obligé de porter un corset alors qu’on aborde avec l’adolescence, l’âge de la coquetterie, c’est pire. Si l’on est différent cela blesse forcément, notamment à cause du regard parfois peu compatissant d’autrui.
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Il est également vrai que la posture associant une attitude introvertie est de mauvais pronostic pour la scoliose, surtout thoracique (l’enfant se referme sur lui-même, épaules enroulées, poitrine resserrée, avec, lorsqu’on le regarde de profil, le corps qui part en arrière). Alors qu’à l’inverse un enfant en attitude « d’ouverture », extraverti est de meilleur pronostic, (de profil il projette son corps vers l’avant avec les épaules bien en arrière). Si un enfant scoliotique est durablement déprimé, il se refermera sur lui-même, « refermera sa scoliose », sa posture sera davantage perturbée alors qu’il lui faut se corriger en permanence, se « booster », mobiliser toutes ses forces pour combattre sa déformation vertébrale.
En 1929, Cannon avait exposé sa théorie de l’homéostasie qui se traduit par cette formule : « un organisme fortement sollicité par certaines situations environnementales, tend à produire des réponses adaptatives ». En extrapolant on peut dire qu’un environnement stressant pousse une personne à réagir positivement… ou négativement. Et c’est l’élément qu’il faut prendre en compte. Face à l’adversité, il faut que l’enfant positive.
Il est démontré que les causes d’une scoliose idiopathique sont génétiques, hormonales et neurosensorielles (perturbation de la posture, de l’équilibre du corps et de sa perception dans l’espace). Dans ce tableau, le bon ou le mauvais moral perturbe uniquement la posture (la façon de se tenir) déjà grandement perturbée. Rien d'inquiétant si la rééducation est bien conduite, ce qui hélas est loin d’être systématique (voir les billets sur ce blog : « Scoliose de l’enfant » des 26.9.14/10.01.16/29.02.16).

En conclusion :

Une scoliose en elle-même suffit à plomber le moral, ce qui affecte le maintien global du corps. Y ajouter une peine de cœur, un problème familial, un souci scolaire, ne changera pas grand-chose. Un soutien psychologique s’impose de toute manière.

Additif :
Comme je viens de le préciser plus avant, il est démontré que les facteurs métaboliques interviennent dans la causalité et la progression de la scoliose idiopathique de l’adolescent. Ce sont les incrétines, hormones gasto-intestinales bien connues pour leur rôle stimulant dans la sécrétion de l’insuline, qui sont incriminées. Une thérapie nutritionnelle semble donc s’imposer. On « est » clairement ce que l’on mange.

Psycho et relaxothérapie : quésaco ?

, 11:42

1 / Psychothérapie :

Tout est psychosomatique, car comment séparer l’esprit du corps ? Psychothérapie signifie « soigner les angoisses, phobies, troubles psychosomatiques, par des mots et en remontant aux causes profondes. »

Sans aller jusqu’à prétendre devoir explorer l’inconscient de ses patients puisqu’il n’est pas psychothérapeute de formation, le MK (Masseur-Kiné) a tout intérêt à s’intéresser au contexte psychosocial, l’environnemental, dans lequel ceux-là évoluent, et à en tenir compte dans sa relation à autrui, ainsi que dans le choix de ses méthodes (une femme très pudique par exemple, peut être fort mal à l’aise en bassin de rééducation et renâcler. Il y a toujours une autre option ; l’eau ne faisant de toute façon pas de miracles). En raison d’une maladie ou du vieillissement, les modifications des fonctions cognitives (intellect) comme l’attention, la mémoire, relèvent d’une rééducation (méthodes de facilitation) mais aussi d’un accompagnement psychothérapique.

La psychothérapie invite à sortir d’une mentalité de « victime de la vie », dans laquelle un trop grand nombre de personnes ont tendance à se réfugier. Pas de repli sur soi. Chacun doit exercer sa capacité à affronter ses propres défaillances, les assumer. Il faut cesser de se dévaloriser, chacun ayant droit à une place pleine et entière dans notre société. Parfois, pour traiter l’esprit, on utilise l’outil «musculo-articulaire». En secteur psychiatrique, en ce qui concerne le schizophrène par exemple, une approche identificatrice par le biais du massage ou de la gym, est déjà en usage. Ce type d’approche thérapeutique aide à lutter contre une certaine difficulté à dissocier son corps du monde extérieur. La gym permet aussi au sujet souffrant de troubles psychopathologiques, de se repositionner par rapport à un défaut d’activités (il se laisse aller, ne fait plus rien), ainsi que de porter sur son corps un regard plus positif.

2/ Relaxothérapies :

Ce sont des méthodes visant à l’obtention d’un contrôle tonico-émotionnel, très utiles pour soulager les phénomènes douloureux chroniques. Elles concernent les sujets présentant un trouble de leur schéma corporel comme l’hémiplégique, ou plus largement les sportifs afin d’améliorer leurs performances (tennis, ski, foot, escrime, sports de combat). La sophrologie par exemple, s’attache à étudier et discipliner les différents niveaux de la conscience. Il s’agit, par la concentration, d’atteindre «l’état sophronique».

Certaines méthodes ont été conçues par des physiologistes : Jacobson, Alexander, Cripps, donc relativement accessibles aux relaxologues de tous poils, alors que d’autres : Schultz, Storkvis, de Ajurriaguerra, sont nées de l’esprit inventif de psychiatres, donc à vocation plus médico-centrée. Certaines sont à composante suggestive. Elles se servent d’exercices précis, de phrases, que le sujet intègre en état d’auto-hypnose. Les autres, comme le yoga, tendent à décharger le corps du stress accumulé. Les méthodes couramment usitées par les MK (Masseur-Kiné), sont : le massage relaxant, les techniques de détente du plexus solaire, la manœuvre anti-stress minute, le drainage lymphatique manuel du visage (pour en savoir plus : internet).

Le patient est rarement conscient de ses tensions musculaires non douloureuses, donc non perceptibles sauf quand le MK met le doigt dessus. L’exercice de base consiste en une prise de conscience, tension/détention, La respiration tient une place importante. Les principales indications sont : états de stress, angoisse, insomnies, spasmophilie, problèmes féminins (endométriose, règles irrégulières.)

Les centres de consultation de la douleur proposent la relaxothérapie à leurs patients, et ils ont raison. L’hypnose médicale est également très efficace pour combattre les douleurs chroniques.

La prévention, quésaco ?

, 15:32

La prévention, quésaco ?

Dans le langage courant on dit avec bon sens : « Mieux vaut prévenir que guérir ! ». L’article 31 de la convention nationale traitant des droits et devoirs de la profession de Masseur-Kinésithérapeute, précise à juste titre : « La prévention est un élément essentiel de la politique de santé.».

La participation des MK à cette bonne action ne date pas d’hier, mais cela ne concerne pas qu’eux. Dans toutes disciplines médicales il y a lieu de pratiquer la prévention. Il faut prendre le temps d’éduquer le sujet, l’aider à combattre ses mauvaises habitudes. Hélas, dans les cabinets, c’est une option parfois zappée parce que les scientifiques lui trouvent peu d’efficacité, comme en matière d’évitement des maux de dos quand il s’agit de conseiller au patient de plier les genoux plutôt que son dos lorsqu’il ramasse un objet lourd. Car il a été démontré que l’apprentissage des bonnes postures tel qu’il est pratiqué par les écoles du dos par exemple, a peu d’intérêt. Efficacité quasi-nulle. Mieux vaudrait en fin de compte diminuer les contraintes et la fatigabilité au travail *. Je pense qu’il faut néanmoins continuer à passer le message prévention en matière de maux de dos. Les scientifiques ont conclu à l’inefficacité du programme-prévention parce qu’il est obsolète. Il faut le réactualiser, en insistant notamment sur les dangers de la station assise prolongée (consulter mon livre : Mal de dos, vérités et mensonges). Dans ma pratique professionnelle, c’est un des fondamentaux.

Autres domaines où la prévention est importante : dans le plan hivernal anti-bronchiolite il faut éduquer les parents au mouchage de leur chérubin. Sur le plan sportif il y a la prévention des gestes à risques de micro-traumatismes. Chez les personnes âgées la prévention du risque de chute est primordiale. A quoi bon rééduquer si l’on n’apprend pas à se protéger.

Voilà donc quelques uns des aspects de cette mission indispensable à la santé publique qu’est la prévention. Trop de MK zappent cette incontournable phase rééducative, ces conseils qui « prennent du temps ».

  • Dr C. Bailly. Lombalgies : la rééducation n’est pas systématique. Panorama du Médecin. 12 juin 2006. N°5022. P 54

Quand la douleur est un refuge

, 07:58

Quand la douleur est un refuge

Cher visiteur de ce blog, sais-tu que certaines douleurs, certaines difficultés à bouger, une incapacité à retrouver la fonction normale d’un membre ou du dos, sont des lésions auto- induites (des lésions que l’on inflige à soi-même) positionnées en psychopathologie dans le registre des troubles factices.

Ces patients se réfugient dans un mal imaginaire, la plupart du temps parce qu’ils baignent dans une période de leur vie devenue insupportable. On peut même affirmer qu’ils n’ont pas le choix. Le corps devient un bouc émissaire, parce qu’on est incapable de solutionner des problèmes relevant : soit du social, de l’intime, de l’affectif. On parle de blessure narcissique.

Que se passe-t-il ?
Le plus souvent l’histoire commence par un mal réel : une mauvaise chute par exemple, un « faux-mouvement », qui provoque des lésions passagères (accident de travail ou de sport). Puis, cela dure plus longtemps que la normale, avec des complications inexplicables. Alors même que le corps n’est plus malade, la tête s’implique.
Le plus terrible est que le sujet a vraiment mal et ne comprend pas qu’on prenne ses maux « à la légère ». L’explication en est que les « microprocesseurs » cérébraux qui gèrent la douleur sont plurimodaux. C’est-à-dire qu’ils se chargent de nombreuses tâches très différentes les unes des autres, qui interfèrent avec nos émotions.

Cette déviance comportementale peut aller jusqu’à la chirurgie, voire l’amputation d’un membre constamment douloureux, devenu « inutile » voire gênant, et qui bientôt « nous indiffère » tant nous sommes mal dans notre peau. Vous argumenterez qu’il faut trouver un chirurgien pour le faire… avec un peu d’opiniâtreté, cela se trouve.

Comment traiter ?
Il est essentiel que le sujet ne perde pas la face, c’est pourquoi le thérapeute se doit d’être particulièrement diplomate. Il se doit de tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler afin de ne pas brutalement couper la relation.

Il s’agit également de tenter de réhabiliter la partie du corps rejetée, de lui redonner toute sa valeur. La rééducation, les thérapies manuelles (thérapie normotensive, ostéopathie, méthode Maitland), ont bien sûr leur place dans ce processus salvateur, toutes ces méthodes étant couplées avec un accompagnement psychothérapeutique (psychologie, sophrologie, hypnose médicale), et un soutien socio-professionnel.