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Fibromyalgie

, 09:08

Ce billet répond à un appel de détresse de Madame R… habitant Arles, confrontée à la pauvreté des moyens proposés dans sa région pour lutter contre son mal. Hélas, ce problème ne concerne pas que le sud de la France.
Bien que ce SPID ou « syndrome polyalgique idiopathique diffus » ait été reconnu en janvier 2007 comme une maladie (une entité clinique), bon nombre de professionnels de santé continuent à considérer que : « ce n’est que manifestation d’une profonde dépression », relevant donc essentiellement de la psychothérapie, avec à la clé « rejet », « déni », voire « discrimination »(le quotidien du Médecin N° 8568 Mardi 12 Mai 2009. P 10.). C’est une des raisons pour lesquelles, il n’y a pas eu d’effort massif national entrepris pour trouver des solutions.

Ce boulet à porter au quotidien se caractérise par des douleurs chroniques de tout le corps, énormément de fatigue, ainsi que des troubles du sommeil. Etonnez-vous après ça d’être profondément déprimé, il y a de quoi ! La fibromyalgie serait en fait due à un dysfonctionnement central de la perception de la douleur. Donc, si l’on n’agit pas sur cette dysfonction, pas de chance de s’améliorer.
J’ai eu l’idée d’utiliser la voie bulbo-thalamique pour la rééduquer (exercices de propioception yeux fermés, cités ci-après).

Dans un récent numéro de Rhumatologie Pratique, la revue des Rhumatologues, le Professeur Yves Maugars de Nantes écrivait un article fort intéressant intitulé : « Fibromyalgie et douleurs chroniques », dans lequel il évoquait une « impasse thérapeutique ». Il citait une analyse de la littérature qui déconseillait : « nutriments, thérapies anti-stress, antalgiques opioïdes, myorelaxants, psychotropes, kétamine, anesthésiques locaux, neuroleptiques, oxybate de sodium, sédatifs ». Thérapeutiques très peu efficaces et non dénuées d’effets secondaires, d’après lui. Or, la grande majorité des fibromyalgiques français sont bourrés de ce type de médicaments l’année durant… sans autre résultat que de les abrutir ! Cet article recommandait par ailleurs : exercices physiques, thérapies comportementales et relaxation. Nous allons évoquer ces options.
Si vous désirez en savoir plus sur ce médecin renommé et ses écrits, il y a internet.

Le sommeil :

Il tient un rôle essentiel dans la sédation des douleurs grâce à la libération de l’hormone de croissance et de substances anabolisantes durant la phase IV, dite de « sommeil profond », d’où l’importance d’un sommeil de qualité quand on est fibromyalgique.
Si vous avez du mal à vous endormir, vous pouvez essayer la Marjolaine à coquille en huile essentielle. De deux à cinq gouttes trois fois par jour à absorber dans du miel, puis en se couchant déposer deux-trois gouttes sur le plexus solaire, masser deux minutes, et en respirer longuement la bonne odeur un peu piquante.

Les options thérapeutiques :

La cryostimulation corps entier (CCE) :

Accessible à tous, ce traitement par le froid est essentiellement proposé aux sujets souffrant de douleurs articulaires chroniques. Il vise à les exposer durant 2 à 4 minutes à des températures comprise entre – 110° C et – 160 °C. L’effet obtenu est un « choc thermique ». Les fonctions biologiques sont provisoirement améliorées. Il y a également une amélioration du sommeil. En cas de fibromyalgie, ce peut être un traitement d’attaque massive des douleurs, cependant la rééducation telle que proposée ci-après s’impose en complément.

L’hypnose médicale :

Classiquement appelée le « quatrième état de conscience », l’hypnose permet une prise en charge globale de la douleur. Elle a pour objet de remplacer les mauvais apprentissages et les mauvais réflexes, par d’autres plus adéquats. Or le fibromyalgique a besoin de se réapproprier ce corps qui lui « sort par les yeux » parce qu’il le fait en permanence souffrir. D’où l’utilité de tenter l’hypnose.


Traitement kiné :

Fréquence des séances :

Une à deux séances de rééducation par semaine semble un bon rythme. En évitant les périodes de grande fatigue. Durée globale des séances : 1h30.

Le traitement de la douleur myofasciale : . Quelle que soit la localisation de la douleur, ce type de douleur existe que la racine nerveuse soit touchée ou non. Dans un précédent billet j’évoquais la cause supposée des lombalgies chroniques (Rhumatologie Pratique). Il s’agit de petits muscles ou de petites parties de muscles, « raides », qui ne se détendent jamais. Certains points, multiples, situés dans la zone musculaire où se situe le mal, sont très douloureux à la pression et reproduisent la douleur ressentie habituellement selon un certain trajet et à distance du lieu touché. C’est ce qu’on appelle les : « trigger points » ou « zones gâchettes ». Afin de les traiter, l’ostéopathe effectue une « mise en aisance ». Moi-même je réalise un traitement normotensif (ma spécialité) plus appuyé que le traitement ostéopathique (efficace également notamment en cas de douleurs du dos, il fera l’objet d’un prochain billet).



Traiter à chaque séance.

Acupuncture :

Une séance d’acupuncture par mois est suffisante. Elle solutionne le déséquilibre énergétique et doit particulièrement viser ici les troubles digestifs associés. Je pratique moi-même l’électropuncture, c'est-à-dire l’acupuncture sans aiguilles. Mon « Mini-acusonic » repère les points électrodermiques, et envoie de petites impulsions rééquilibrantes. L’apport d’électricité semble provoquer une libération de sérotonine (lire à ce sujet : Psychologie Magazine – avril 2013. La bonne idée : l’électropuncture. P 192).

La rééducation neuro-motrice :

Il est souhaitable que les patients bénéficient d’abord de conseils d’hygiène de vie (prévention des gestes à risques risquant de déclencher le mal). Il faut qu’ils « se bougent » en acceptant une dose supportable de douleur. Ne plus rien faire sous prétexte « qu’on a mal » aggrave les symptômes.

Pour ma part, je réalise un examen complet (toutes les dix séances) et un traitement normotensifs. A défaut, une consultation ostéopathique à orientation « tissulaire » est conseillée (sans manipulations).

Important !

Tous les patients douloureux chroniques subissent une atteinte du thalamus. Un article de Rhumatologie Pratique de juin 2011 évoque même une « atrophie » ( Gwilym SE et al ; Thalamic atrophy associated with painful osteoarthritis of the hip is reversible after arthroplasty. Arthritis Rheum 2010 ; 62 : 2 930-40.). Je propose donc en rééducation la voie bulbo-thalamique, c'est-à-dire le renforcement de la propioception, yeux fermés (sur plateaux de Freeman par exemple). En clair, il faut renforcer son équilibre.



Réaliser également des auto-exercices au quotidien (cinq minutes), notamment sur gros ballon de gym (consulter ce blog). Il est recommandé au patient d’en acheter un et de s’en servir comme siège le plus souvent possible ; d’autant que la station assise trop longtemps maintenue sur un siège classique est bloquante (voir sur ce blog le billet relatif à la station assise).
Nota : éviter les canapés et fauteuils trop moelleux.

15 à 20 minutes.

Rééducation en bassin de natation :

Elle est utile si le bassin est bien chauffé (33, 34°). Les nages traditionnelles ne donnent pas l’amélioration attendue. Par exemple crawl et dos crawlé tirent trop sur les épaules. Par contre aquastretching, aquabiking, aquagym, aqua-yoga, sont de bonnes options si la séance ne dure pas plus de vingt minutes.

Elongations :

J’ai inventé trois types d’élongation, en photos dans ce blog. Le patient choisit la modalité qu’il préfère. Tous les fibromyalgiques ont besoin de s’étirer, comme les chats, car ils ont l’impression de se « tasser », au fil du temps (ça nous concerne tous, non ?).
Durée : 10mn.

Sports à pratiquer :

L’activité doit être modérée, pratiquée de manière progressive, en privilégiant l’échauffement et les étirements (étirements actifs raisonnés myotendineux uniquement). Sont de bonnes options : marche rapide ou nordique, stretching, fitness doux, soft aerobic, vélo en terrain peu pentu, machine elliptique, Qi Gong, Taï Chi, relaxation (sophrologie).

A lire : Le sport est un médicament Bio ! G Orgeret. Editions J. Lyon

Nota :

Ces traitements ne sont pas tous systématiquement pratiqués à chaque fois, car une séance trop longue fatigue. Le patient donne son avis sur les options thérapeutiques qui lui semblent le plus appropriées le jour de la séance, en fonction de ses forces, de sa fatigue, de son moral, de ses douleurs, de sa disponibilité.

N.B : Pour plus de renseignements sur les méthodes originales présentées et non détaillées au risque de devoir produire un billet de vingt pages, consulter internet.

Conseil du Kiné : Où et comment pratiquer une activité sportive quand on est malade ?

, 10:33

Suite du billet : Le trio «marche-vélo- natation » pour toutes les pathologies y compris les lombalgies ?

8 - Où et comment pratiquer une activité sportive quand on est malade ?
Peut-on la pratiquer seul et si oui, quelles sont les précautions d’usage ? En cas de pratique solitaire, y a-t-il un rythme, une fréquence, une intensité, une dépense énergétique minimales ?

Le sujet malade se doit de ne changer ses habitudes qu’à minima, cependant il doit être plus responsable que le non-malade (ce qui est loin d’être une généralité) et se poser les bonnes questions : est-il en poussée ou non, ou en danger d’y tomber ? Certains médicaments risquent-ils d’altérer son équilibre (antidépresseurs par exemple) dans la pratique de son sport ? Il faut dans tous les cas tenir compte de la pollution atmosphérique (quand il fait beau et chaud en ville, ne pas aller courir), des conditions climatiques (se protéger plus qu’un autre des ardeurs du soleil, ou du froid), de l’altitude. Si on souffre d’une affection respiratoire chronique, l’atmosphère chlorée des piscines n’étant pas bénéfique, il faut éviter de les fréquenter souvent. Penser à s’hydrater, commencer à boire avant le début de l’activité. Choisir ensuite une plage horaire favorable : après 10 heures : gym en salle, step, marche, natation. Footing avant 17 heures. Entre 17 et 18 heures : cardio-training, badmington.

En cas de pratique solitaire la fatigue est le premier signe tangible traduisant un dépassement de la dose prescrite du « sport-médicament », il faut la contrôler et s’arrêter avant. Tant qu’on peut parler sans hacher les mots, ça va. Certaines activités nécessitent de se rendre en club ou sur un terrain qui n’est pas forcément à proximité de son domicile. Si on est soudain très fatigué après le sport, mieux vaut peut être avoir prévu quelqu’un pour être raccompagné.

En montagne, la réceptivité à la pathologie d’altitude est variable selon les individus, et donc, si l’on est seul, l’incident est souvent imprévisible. Chez les sujets à risque (asthme, maladies cardio-respiratoires, antécédents de thrombose), la pratique sportive en altitude favorise l’hypertension artérielle. Dès 2000/2500 mètres d’altitude, la raréfaction de l’oxygène rend la pratique sportive nettement plus difficile. Dans tous les cas, qu’on soit peu ou très malade, il faut être en un lieu accessible, pour pouvoir être éventuellement secouru rapidement, en cas d’incident ou d’accident. Il faut donc qu’un référent fiable soit prévenu « du où, du quand, et du comment » de sa pratique. Il faut pouvoir le contacter sûrement, par exemple par téléphone.

Doit-on au contraire se tourner vers une structure médicalisée, ou vers un kiné, un médecin du sport, un éducateur médico-sportif ? Les approches des kiné, médecins du sport, et éducateurs sont-elles différentes ? Qu’apportent-elles au malade sportif ?

Créés dans les années 40, les centres médico-sportifs avaient pour objectif la délivrance des certificats de non contre indication à la pratique sportive. Le suivi des sportifs et la prévention sont devenus des objectifs quelques années plus tard, mais on assiste à une disparition progressive de ces centres, au profit des CRESIF (Comité Régional d’Education pour la Santé), des CROS (Comité Régional Olympique et sportif), des collectivités locales, ainsi que des délégations régionales sportives. Ces structures ont pleinement leur place dans le monde actuel.

Quant aux professionnels de l’accompagnement médical du sport, ils n’ont pas la même formation, ni les mêmes degrés de compétences, mais ciblent la même population humaine à un moment précis de son activité : le sport.

En première ligne vient le Médecin du sport. Il joue un rôle fondamental dans le suivi des activités sportives collectives ou individuelles, des sujets en bonne ou mauvaise santé. Son rôle est également de prévenir, ou traiter, les accidents ou défaillances dans la pratique sportive. Il est indispensable auprès du sportif durant les compétitions, comme le sont à ses côtés le kiné et l’ostéopathe, alors que ce n’est pas le cas pour les autres métiers du sport, tel l’éducateur médico-sportif.

La formation d’éducateur médico-sportif concerne l’enseignement des activités physiques et sportives dans le sectaire sanitaire. Le postulant doit avoir une licence ou un master en APA, ainsi qu’une formation aux pathologies qu’il prend habituellement en charge, comme le diabète. Dans ce secteur existent déjà : enseignants en APS, éducateur sportif, prof d’APA et éducateurs physiques. Les « casquettes » se multiplient comme l’attrait pour le sport d’un nombre grandissant de personnes malades ou pas.

Les kinés pensent que le métier d’éducateur médico-sportif restreint bel et bien leur champ d’action, mais que c’est un fait établi auquel il faut se faire car irréversible, du fait du profilage en constant remodelage au fil du temps, de l’encadrement du sportif, qu’il soit malade ou non ; d’autant que les compétences du kiné le conduisent à ne pas s’occuper uniquement de ses semblables dans le domaine sportif. Dans le domaine sportif il agit en collaboration avec le médecin du sport. Son action est déterminante dans le cadre de la préparation physique, la surveillance de la compétition, la gestion de l’urgence sur le terrain, et globalement les soins pré et post sportifs. Il est en même temps ergonome (choix du matériel à emporter, réactions individuelles en fonction du geste sportif et dans les activités de la vie quotidienne afin de ménager son appareil locomoteur), il est aussi éducateur alimentaire.Ses conseils ciblent aussi la prévention des maux du sport. Par exemple, quand on a un périnée fragile, il prévient qu’il faut éviter plate-formes vibrantes, trampoline, équitation, sports de sauts.

Il est aussi chercheur, certains confrères étant Docteurs en biomécanique, c’est à dire en mécanique humaine. De ce point de vue, et je m’en ouvre dans mes derniers ouvrages, je pense qu’il ne faut plus faire du sport « à l’ancienne ». C’est à dire étirer et muscler sans préalable, ce préalable étant le renforcement de l’équilibre par la propioception, d’autant que lorsqu’on cherche à muscler et assouplir un sujet présentant un problème d’équilibre et de mauvais réflexes posturaux, on ne fait que renforcer ses défauts et aggraver le tableau !!! C’est pourtant ce qui ce fait partout aujourd’hui. Je donne un exemple : un enfant de dizaine d’années ayant des problèmes d’oreille interne non décelés, demande à faire du judo. Il débute, tombe, se blesse, guérit. Dix, vingt ans après, au cours d’une épreuve de sa vie, il à soudain de nouveau mal là où il souffrait étant petit. La douleur s’est inscrite dans son cerveau, elle est « corticalisée », et donc devenue difficile à déloger. Pour éviter cela, tout sujet sportif malade ou non, doit en priorité travailler régulièrement son équilibre, en choisissant d’abord pour ses activités assises, un gros ballon de gym (ballon de Klein) au détriment des sièges classiques, et en faisant régulièrement des exercices (yeux fermés) sur plateau de Freeman. C’est une planche posée sur un socle ovoïde, ou un support plan arrondi, qui déséquilibre celui qui monte dessus.