Gilles Orgeret, le blog d'un kinésithérapeute

GillesOrgeret.com, le blog d'un kinésithérapeute : dos, massage, thérapie manuelle, techniques de kiné...par Gilles Orgeret
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

Mot-clé - MacKenzie

Fil des billets Fil des commentaires

La vertèbre déplacée... un vilain mensonge qui perdure !

, 06:27

Vous souffrez d'une sciatique, d'un lumbago, de cervicalgies (mal au cou), de dorsalgies ? Alors il faut qu'un magicien « vous remette en place » la méchante vertèbre causale devenue subitement baladeuse !
En effet bon nombre d'ostéopathes ou de chiropracteurs propagent encore sans vergogne un tel mensonge. La manipulation, bien sonore, craquante, qui en découle, témoigne de cette « magnifique » réussite. Mais si manipulation il y a bien, elle est surtout mentale. Le patient a été berné, car si une vertèbre se déplace soudain, on se retrouve au bloc opératoire et non chez l'Ostéo. Ce phénomène blesse gravement les racines des nerfs émergeant à chaque vertébral ou bien la moelle épinière, ce qui provoque une paralysie transitoire ou définitive.

Le blocage vertébral segmentaire, bien réel, relève en fait d'un problème musculaire d'origine mécanique, psychologique, ou bien d'un défaut de commande centrale cérébrale.

Faire craquer une articulation pour la remettre (soi-disant) en place figure depuis la nuit des temps dans l'imaginaire collectif comme un geste magique. Au début seuls les rebouteux y avaient recours Puis Andrew Taylor Still, inventeur de l'Ostéopathie et formé lui-même au reboutement, en a fait un acte admissible car pseudo-scientifique. Daniel David Palmer, inventeur de la chiropraxie place le craquement au centre de tous ses soins, évoquant « un ajustement chiropractique visant à réduire une subluxation ».

Même sans avoir recours à une manipulation, tout-un chacun a mainte fois dans sa vie fait l'expérience de craquements indolores survenant à l'improviste. On a subitement l'épaule qui craque lors d'un mouvement un peu ample. Sinon c'est la hanche en se penchant en avant. Le genou peut aussi parfois « manquer d'huile » et grincer à la marche. Les bruits articulaires non traumatiques témoignent de frottements tendineux méniscaux ou articulaires, alors que les craquements post-traumatiques (choc, blessure sportive, mouvement trop ample) s'accompagnent d'une intense douleur, d'un gonflement et d'une impotence fonctionnelle (impossibilité soudaine de se servir de cette articulation). Ils sont le fait d'une entorse ligamentaire ou d'une déchirure musculaire.
Le craquement bien audible lors d'une manipulation vertébrale témoigne de l'effet de « cavitation ». Cela ne veut en aucun cas dire qu'une vertèbre a été remise en place mais qu'elle a été bien ou mal… manipulée. Les gaz dissous dans l'articulation se libèrent brutalement et font du bruit. Le volume de gaz contenu dans une articulation est de 15 %.

Le craquement restaure-t-il durablement la mobilité articulaire ?

Ce gain de mobilité est très temporaire.Il a été scientifiquement étudié et dure MOINS DE TRENTE MINUTES ! Est-on pour autant guéri ? Non.

Une étude de l'INSERM de 2011, conclut que la manipulation chiropractique n'est pas plus efficace que médicaments ou kinésithérapie (privilégier la méthode McKenzie), acupuncture. Quant aux risques des manipulations du cou, il est si élevé (dissection vertébrale) que sa pratique est interdite aux non-médecins. L'otéopathe, le chiropracteur, qui vous manipule le cou, le fait donc en contravention avec la loi.
Mais dites-moi chère lectrice ou lecteur, vous qui avez forcément vu des films de guerre, la manière de briser la nuque d'un guetteur ennemi pour se rapprocher d'une redoute à conquérir, ne consiste-t-elle pas en un violent mouvement semblable à celui de la manipulation cervicale ? Le risque en vaut-il alors la chandelle ? Le capitaine d'une caserne de pompiers me disait qu'il lui arrivait quatre à cinq fois l'an, d'emmener d'urgence un patient « manipulé » à l'Hôpital, parce qu'il ne pouvait plus se relever de la table de soins. Multipliez ce chiffre par le nombre de casernes et vous aurez des sueurs froides dans le dos.

Le mal de dos est un phénomène complexe qui ne ne résume pas à un problème purement local. Il a mainte fois été traité au travers de billets dans ce blog. Je vous en recommande la lecture.

  • Pierre Trudelle. Beaucoup de bruit autour du bruit articulaire . Kinésithérapie, les cahier N° 29-30 – Mai-juin2004 : p. 76-80.

Brodeur R. The audible release associated with jooint manipulation.J manipulative physio ther 1995 ; 18 : 155-64. Watson P, Hamilton A, Mollan RAB. A case of habitual joint cracking leading the radiological damage. BMJ

Encore un article de presse sur le dos qui désinforme ou lieu d'informer !!!

, 15:54

Dans son numéro de janvier 2017 (N°838 BIS) et présenté en une de couverture, Sciences et Avenir publie un article sans science ni avenir.

Le titre en est : « Tout comprendre sur le mal de dos » . Il débute par ces mots : « Hernies discales, fractures, scolioses…. Les lombalgies, dont souffrent huit français sur dix, ont des causes multiples… Faut-il opérer ou non ? ».

A l’évidence le thème de l'article (en page dix) est la lombalgie commune ou la lombo-sciatique, mais le journaliste fait d'emblée une confusion. Le terme « lombalgie » signifie qu'on souffre du bas du dos, alors que hernies, fractures, scolioses concernent n'importe quel étage vertébral. Par ailleurs la scoliose la plus commune, la scoliose idiopathique des enfants, n’est pas en soi douloureuse. Elle ne provoque pas de lombalgie même située à l'étage lombaire.

Je cite :
« Face à un lumbago ou une sciatique (J'avais raison, l'article ne concerne que le bas du dos), le traitement classique suffit en général à soulager la douleur : du repos …/... et si la salutaire récupération – la position allongée -».
Il est malheureusement démontré que le repos au lit à peu d 'effet. Le lit amollit et provoque un déconditionnement neuromoteur.

Je cite encore :
« Le plus souvent le mal est localisé aux muscles .../... mais tout change si les disques intervertébraux souffrent ».
Même lorsque le disque intervertébral est touché, ce sont les muscles qui font mal. Les spécialistes incriminent aujourd'hui essentiellement les Trigger Points (lombalgies chroniques, aurions-nous tout faux ? O'Sullivan P. Its's time for change with the management of non-specific chronic low back pains. Br J Sports Med 2012;46:224-7). A consulter, en lien ci-dessus, mon billet sur ce blog qui en traite.

En cas de lombalgie commune non spécifique, même si la radio dévoile une grosse hernie, toute crise douloureuse relève de la loi du « tout ou rien » ; c'est à dire que la crise douloureuse est imputable soit aux apophyses articulaires postérieures, soit à la hernie. Puis on guérit de sa crise même si la hernie est toujours là. Par ailleurs bon nombre de personnes ont d'énormes hernies et n'en souffrent jamais. On les dit : « asymptomatiques ». Lorsque sont énoncés les principales causes d’une lombalgie commune, il faut avoir à l'esprit que l’on ne connaît la vraie cause que dans cinq pour cent des cas. Le diagnostic est la plupart du temps incertain.

Dans l'article, pas un mot sur les dévastateurs remaniements cérébraux accompagnant les douleurs chroniques (Bases neurtologiques des douleurs. Gwilym S et al. Thalamic atrophy associated with painful osteoarthritis of the hip is reversible after atrthroplasty. Arthritis Rheum 2010;62:2 9306-40).

En page 14 et dans un encadré intitulé : « S'y retrouver dans la jungle des praticiens », s'agissant de la kinésithérapie, il est dit : « Titulaire d'un diplôme d’État (3 ans) ». Or l’arrêté paru le 16 juin 2015 précise que le recrutement de toutes les écoles kiné à partir de la rentrée 2016-2017 se fera exclusivement par Paces (première année commune aux études de santé), Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives), L1 Sciences. Par ailleurs, depuis la réforme de la rentrée 2015, la durée de la scolarité en IFMK (Institut de formation en Masso-Kinésithérapie) est passée de trois à quatre ans.

Plus bas, dans la même colonne, est seulement citée la Méthode Mézières, alors que la « grande Françoise » luttait contre la lordose (le creux des reins). L'unique méthode aujourd'hui officiellement validée et pratiquée par tous les kinés est la méthode McKenzie, qui fait travailler... en lordose... Pas un mot sur elle, curieux.

En ce qui concerne l'ostéopathie, est écrit: « Discipline exercée par des médecins et des kinés... la pratique s'est ouverte à des non-professionnels de santé depuis la loi Kouchner (2002) » Faux, archi-faux ! Apparue en France dans les années soixante grâce à des praticiens formés aux U.S.A ou au Royaume uni, Il y a toujours eu des ostéopathes non médecins, non kinés, de par le monde depuis que cette discipline a été créée par Still au dix neuvième siècle. Kouchner n'a fait que reconnaître cette pratique largement répandue dans l'hexagone.

A risque de devenir barbant, je vais arrêter là ma critique bien qu'il y ait encore beaucoup à dire.

Le dos vieillissant : état des lieux

, 05:59

Le mal commun situé en bas du dos (lombalgie, lombo-sciatalgie), est l’un des motifs les plus habituels de consultation en rhumatologie, que le sujet soit sportif ou non. Il atteint d’avantage les femmes que les hommes. Les déformations de la colonne vertébrale sont également fréquentes. Après 75 ans, la lombalgie est le problème musculosquelettique le plus évoqué, et présente un risque accentué sur qualité de vie et moral, par rapport au sujet jeune. Il est à noter que le retentissement de la lombalgie chronique sur la sexualité est considérable. L’âge avancé est un facteur identifié dans les troubles sexuels associés, et le traitement du mal de dos par opioïdes, sédatifs, antidépresseurs, dont les seniors sont grands consommateurs, est clairement incriminé par son action néfaste sur la libido.

Une rapide perte de capacité à accomplir les tâches de la vie courante est également à craindre. La peur de tomber et de se « faire une vilaine fracture » est bien présente, surtout si on est atteint d’arthrose ou d’ostéoporose, ou qu’on a des problèmes d’équilibre. Or les facteurs améliorant la douleur et la mobilité du dos, sont en priorité la marche, ainsi qu’une activité physique adaptée.
Le repos en position couché-ventral est bénéfique. D’ailleurs la rééducation des maux de dos ne se pratique plus qu’en creusant les reins (méthode MacKenzie).

Il a été prouvé que le traitement médical seul ne suffit pas. Il doit être couplé à une rééducation neuromotrice (apprentissage des gestes à risque pour le dos, exercices spécifiques de renforcement, relaxation). Il en est de même pour les autres traitements du dos (ostéopathie, chiropraxie, acupuncture), qui ne suffisent pas non plus à vous permettre de vous en sortir. Il faut rééduquer le muscle.

Arthrose

Après 65 ans, la prévalence de l’arthrose est très élevée (34 % de la population), les femmes ayant un risque plus élevé après 50 ans. L’incidence augmente avec l’âge, mais se stabilise après 80 ans. Le principal facteur favorisant est génétique. Un rôle beaucoup plus faible est attribué aux efforts physiques, ainsi qu’au surpoids chronique et au tabagisme. Les efforts physiques, le portage répété de charges lourdes, ne sont donc pas la cause première de nos maux !

Pour autant, l’arthrose est-elle systématiquement douloureuse ?

Jean Pierre Valat et Sylvie Rozenberg * écrivent : « On sait depuis longtemps que l’arthrose du dos n’est pas toujours douloureuse, loin de là, et plusieurs travaux ont démontré qu’il était impossible sur des radiographies de sujets de même âge, de distinguer les sujets qui souffrent de ceux qui ne souffrent pas. Il est difficile voire impossible d’identifier une cause anatomique précise des lombalgies chroniques, où les facteurs psychologiques intriqués ont un rôle majeur !» C’est le déconditionnement à l’effort suscité par cette maladie qui fait souffrir. Il faut donc « se bouger », si on veut s’en sortir ! Le repos strict a prouvé sa nocivité sur le cartilage.

Les principaux sports à risque pour le dos vieillissant

L’essence du yoga est « ahimsa » : ne pas nuire. Il en est de même dans toute pratique sportive !

Le cou n’aime pas les mouvements forcés en arrière. Il s’use prématurément quand on pratique longtemps et de manière assidue : lutte, boxe, rugby, football, plongeon, aviation, sports mécaniques. En yoga, il faut éviter les postures sur la tête. On doit également proscrire « angle étiré » et « pince », faussement décontracturants et particulièrement dangereux pour le dos.
Le golf surmène plus les épaules, que les lombaires. Dans la pratique de la planche à voile, épaules et zone lombaire sont en ligne de mire. Les reins souffrent par compression dans la pratique de l’haltérophilie, par rotation dans les sports de lancer, de frappe de balle chez le footballeur, par chute et choc direct en karaté / judo de compétition et au rugby. A cause de la position assise défavorable, le canoë-kayaking provoque crampes et fourmillements dans les mollets.
Au tennis, les services répétés entraînent parfois des douleurs musculaires lombaires et fessières profondes, donnant un tableau de fausse sciatique. L’articulation de la hanche est comprimée lorsqu’un frappe un coup droit lifté. Les blessures augmentent quand le joueur tape plus fort avec des raquettes trop puissantes.
Contrairement à une idée reçue, la pratique des nages classiques ne soigne pas le dos. D’ailleurs 70 % des nageurs ont mal au dos ! Par ailleurs le chlore des piscines est délétère pour les voies respiratoires (sinusite, rhinite, rhume chronique, asthme).

Sports conseillés

Marche nordique, golf, gymnastique en salle, aquagym, aquafitness, aquabiking, katas et randori du karaté, body combat, accro-branches, sont conseillés.
Qi Gong et Tai chi chuan permettraient de réduire de 25 % le risque de chute du sujet vieillissant.
L’escalade fait travailler tous les muscles (murs d’escalade de préférence), mais attention car l’effet cardio-vasculaire est intense.
La pratique d’un sport d’endurance (vélo, marche, course à pied) est efficace, aussi bien pour le dos que pour lutter contre les troubles cognitifs (mémoire, intellect), car elle stimule de nouvelles connexions dans les zones de la mémoire.
Il faut également citer : cardio-training sur appareils de musculation, gymnastique d’entretien, stretching doux, randonnées, jogging, ainsi que Wii-Fit et plate-formes vibrantes pour les sujets moins mobiles.
Bon nombre de seniors lombalgiques chroniques pratiquent l’équitation sans problème, car ce sport oblige en permanence à l’autograndissement ; le risque étant dans la (mauvaise) chute.
En cas d’ostéoporose le sport pratiqué doit être « à impacts » tel : marche en terrain en pente (30 minutes 3 fois/semaine), saut à la corde, tennis, basket-ball, volley-ball.

  • « La Revue du rhumatisme. Monographies » Vol. 78 – N°1 de février 2011,

Mal de dos : les méthodes qui marchent…ou qui ne marchent pas !!!

, 17:13

Mal de dos : les méthodes qui marchent…ou qui ne marchent pas !!!

Billet écrit en collaboration avec le Docteur Thierry Gavardin, Médecin de Médecine Physique et de Réadaptation fonctionnelle.

L’Express N° 3178 du 30 mai au 5 juin 2012, publie en page 78, un article intitulé : « Mal de dos : les méthodes qui marchent vraiment !». Hélas, ce titre est incomplet. Il devrait s’intituler : « Mal de dos : les méthodes qui marchent sur le court terme ! ».

Décortiquons cet article sensé apporter de vraies solutions :

En photo d’intro, une soignante sur tapis de sol montre un exercice à un patient installé sur une table de Bobath qui tente de l’imiter. Ca commence mal, car l’exercice présenté et sensé « assouplir » le dos en l’arrondissant, est nocif, d’autant que tout étirement passif ne donne pas plus de souplesse à un dos en crise. L’inflammation (due aux cytokines), induit des contractures qui disparaîtront… une fois la crise passée. La Haute Autorité de Santé déconseille énergiquement les exercices de ce type, et demande au contraire aux professionnels de santé de faire pratiquer la méthode Mac Kenzie qui préserve la cambrure des reins.

La suite est-elle plus prometteuse ? En page 80 sont données des informations vraies mais qui ne permettent aucunement de traiter un mal de dos.

La chirurgie est évoquée. Le médecin interrogé cite d’emblée l’arthrodèse et la prothèse de disque qui sont des solutions extrêmes, d’autant que la prothèse discale n’est pas au point. Neuf fois sur dix, le geste pratiqué est une cure chirurgicale de hernie discale à ciel ouvert, ou par voie endoscopique (sans ouvrir). Cette dernière n’est citée qu’en page 89. On nous met ensuite l’eau à la bouche en évoquant des progrès… dont absolument rien n’est dit.

La cause de la plupart des maux de dos communs étant inconnue, la hernie discale n’étant qu’un épiphénomène, la lézarde sur un mur dont les fondations ont joué, il semble pour le moins léger de placer la chirurgie en tête, avant d’évoquer des traitements moins contraignants et plus efficaces.

En page 81, il est dit : « On le sait, la médecine peine à trouver l’origine précise de la souffrance. A chacun de découvrir la technique la mieux adaptée » et c’est là le nœud du problème, car on ne traite efficacement un mal que lorsqu’on en connaît l’origine. Tâtonner au hasard n’est pas sérieux !!!

Sont proposées « des solutions », à commencer par les médicaments. Il est dit : « S’il n’existe aucun traitement spécifique du mal de dos, les antalgiques peuvent néanmoins être envisagés. » Attendez une seconde…, n’est-il pas écrit à la «une » en guise de titre racoleur : « Mal de dos : les méthodes qui marchent vraiment ! ». Si on écrit qu’il n’existe aucun traitement spécifique, on ne peut prétendre dans le même temps proposer de méthodes « qui marchent » ?

La vérité est que toutes les voies thérapeutiques actuellement proposées, ne sont pas efficaces sur le long terme !!! C’est ce qu’affirme depuis des années, preuves à l’appui, la Haute Autorité de Santé. Pire, quand on prétend détenir « les méthodes qui marchent », il devient inutile de chercher une nouvelle voie plus efficace. C’est la fin de l’histoire. On est dans l’autosatisfaction ronflante, tandis que le malade du dos lui, continue à souffrir et à s’aggraver. De plus en plus de gens souffrent, sans que rien ne les soulage durablement !!!



Viennent ensuite les manipulations. C’est-à-dire la grosse artillerie. « Avec prudence » est-t-il dit justement. Quand on va voir un « chiro », il manipule… assez violemment. Il n’a rien d’autre à proposer, alors que ce n’est pas toujours recommandé, loin de là, d’autant que la soi-disant « vertèbre déplacée » est un mythe.

L’ostéopathie qui offre des méthodes tissulaires douces, n’est pas évoquée. Dommage ! Il a par ailleurs été largement démontré que tout traitement passif, sans recours également au reconditionnement physique à l’effort, ne marche pas aussi bien.

Sont proposés : acupuncture, cures thermales, électricité… des mesurettes valables sur le court terme. Non de vraies solutions. Personne ne peut sérieusement prétendre le contraire.



Une pleine page est consacrée à : « Débloquer aussi l’angoisse », comme si ça marchait mieux que le reste ! S’il est démontré que le mal de dos chronique s’accompagne toujours d’une souffrance psychologique, après des décennies d’expérience nous n’avons encore jamais vu un seul patient guérir en consultant seulement un psychologue. Il n’est pas question de prétendre que ce n’est pas utile, bien au contraire, mais ce n’est en aucun cas une « méthode qui marche vraiment » méritant une pleine page.



Le « Stage commando ».

C’est vrai, les gens qui ont mal au dos de manière chronique finissent par avoir peur de bouger (kinésiophobie). On se doit de les aider à s’en sortir. Hélas le patient s’imagine à tort que son « stage commando » va solutionner durablement ses problèmes. Faux. Pas de quoi crier cocorico ! Contentons-nous de critiquer les photos qui agrémentent l’article. La première montre un patient en stand-up, une machine visant plus à verticaliser une personne paralysée des jambes, qu’à muscler. Sur une autre, un homme soulève une charge à bout de bras au dessus de sa tête : bonjour les épaules et le cou !!!

Pourquoi la méthode Mac Kenzie, la seule validée par la science, n’est-elle pas évoquée ?

Il y a une autre pleine page sur la chirurgie par voie endoscopique. Le New England Journal of Medicine du 14.07.94, et V. Nguyen dans le Quotidien du médecin, déclaraient déjà : « La découverte de hernie discale chez un patient souffrant d’une lombalgie risque de relever de la pure coïncidence ». Plus récemment, dans son numéro de février 2011, vol. 78. la revue du Rhumatisme-monographie, porte-drapeau de la Société Française de Rhumatologie, précise : « Le traitement spécifique de la dégénérescence discale ne semble pas pour demain.». La chirurgie n’est donc pas la solution miracle. Alors pourquoi lui donner autant la vedette ? En marge du sujet-chirurgie, il y a une maigrichonne colonne intitulée : « Le sport ? vivement recommandé ! » Et comment !!! C’est ce thème-là qui méritait une pleine page.

Bougez-vous chers amis rachialgiques en salle, chez vous, au dehors, partout, même si cela fait mal. Le muscle est au départ du problème, mais il est aussi la solution !



Pas un mot sur la prévention, et notamment sur la station assise prolongée qui est le pire ennemi du dos. Vous aurez eu beau expérimenter tous les traitements du monde, si vous restez quotidiennement de longues heures (mal) assis, la souffrance réapparaîtra à vitesse grand « V ». Il faut définitivement passer de la position assise « passive », à la position assise « active » (par exemple en s’asseyant sur gros ballon de gym).



Pas un mot non plus sur les problèmes d’équilibre démontrés chez le lombalgique chronique qu’il faut pourtant rééduquer pour en sortir, ni sur les modifications qu’entraîne un mal chronique, au niveau cérébral. Les scientifiques évoquent une atrophie du thalamus (Gwilym SE et al. Thalamic atrophy associated with painful osteoarthritis. Arthritis Rheum 2010 ; 62 : 2 930-40.). Le docteur Lyonnais Pierre Volkmann affirme quant-à lui, qu’en cas de douleurs chroniques la zone cérébrale relative à la région corporelle en cause, est carrément inhibée. Ainsi tous les traitements proposés restent-ils sans effet si on ne « rééduque pas aussi le cerveau ». Dans notre service de rééducation fonctionnelle nous avons initié une méthode visant à solliciter la voie bulbo-thalamique pour « réveiller » le thalamus, qui gère douleurs, postures, et mouvements.



Face aux problèmes posés par le mal de dos, l’humilité est de mise. Aucune méthode univoque ne peut être proposée, parce que les origines sont multiples et rarement découvertes avec certitude.

Toutes les preuves scientifiques de ce que nous avançons dans ce billet, sont référencées dans la bibliographie de : « Mal de dos : vérités et mensonges. » J. Lyon Editeur.

Se référer également à « Seniors, on vous ment sur votre santé ! » Grancher Editeur. Sortie-librairie prévue : octobre 2012.

De la (difficile) validation scientifique.

, 11:08

De la (difficile) validation scientifique.

« Trop de science tue la science. »

Le décret n°2000-577 du 27 juin 2000 relatif à la profession de Masseur-Kinésithérapeute, précise que : « Le MK participe au développement de la recherche en ce qui concerne son exercice », la règle de base étant la reproductibilité (reproductibilité du modèle d’examen du patient, reproductibilité des résultats). L’Agence Nationale de l’accréditation et de l’Evaluation en Santé (ANAES), est chargée d’évaluer et de valider les outils kinésithérapiques. Pour être validée et mériter une reconnaissance nationale ainsi qu’une large diffusion, ainsi que dans le cadre de la « démarche qualité », une méthode de soins doit absolument se plier à un formatage défini par le standard nommé IMRAD, qui se traduit ainsi : « I » pour introduction, « M » pour matériel et méthodes, « R » pour résultats, « A » pour and (et), « D » pour discussion. Celles qui ne passeront pas sous ces fourches caudines seront mises au ban, proscrites.

Auparavant et durant des décennies, le MK n’était pas tenu de justifier du choix de ses méthodes. Il se doit désormais de devenir un «Agrégé Es-papouillothérapie». Pourtant soyons clair et précis, le métier de kinésithérapeute n’existera jamais en tant que discipline scientifique. Gageons qu’aucune étude rigoureuse ne pourra jamais analyser précisément les mécanismes neurophysiologiques complexes permettant d’expliquer les bienfaits réels de la rééducation. Désirer, selon des critères biomédicaux rigoureux, homologuer une méthode visant à traiter la douleur par exemple, l’une de nos préoccupations majeures, génèrera toujours des doutes quels que soient les critères scientifiques choisis, du fait de l’influence du psychisme dans l’affaire. Si on prend un autre exemple, la bronchiolite, on s’aperçoit que la méthode anglaise-standard est basée sur les vibrations, les techniques de percussion, ainsi que le drainage postural (Conventional Chest physiotherapy) ; alors qu’en France nous privilégions les méthodes d’augmentation du flux respiratoire. Qui a raison, qui est « dans la science » ? Le jugement sur l’exercice de la kinésithérapie est également faussé parce qu’entre deux praticiens pratiquant la même technique, l’un sera efficace parce qu’il est tout bonnement doué, l’autre non.

« Il n’y a pas d’événement, il n’y a que des interprétations ! », disait Nietsche.

Etant donné qu’il y a toujours des hommes et rien que des hommes fatalement faillibles et influençables, pour traduire un fait auquel ils ont assisté, pour le raconter ou l’interpréter, le valider ou le réfuter, on ne peut en effet raisonnablement parler que d’ « interprétation ».

En fait, en tant que connaissance absolue la certitude scientifique n’existe pas. La science n’apporte pas de réponse définitive mais construit les « savoirs », et tente maladroitement de faire le distinguo entre le réel et le possible. L’« hypothèse de recherche » invente une vérité qui devra être vérifiée par des collections de faits cohérents, des expériences méthodiques, des expérimentations en double aveugle. Hélas au travers d’une telle démarche, l’identification de facteurs prédictifs, par exemple, est problématique. Par ailleurs, si on se réfère à un processus pathologique chronique, les études rétrospectives sont sujettes à caution car il est a posteriori très difficile de séparer les causes, des conséquences, de cette évolution chronique. Du fait de cette obsession européenne du « tout science et uniquement science », certaines techniques rééducatives élevées au statut de dogme durant des décennies, ayant même donné d’excellents résultats, sont aujourd’hui délaissées ou abandonnées. Il en est ainsi de la méthode Bobath en neurologie (pour le traitement des hémiplégiques). Dans le traitement des maux de dos, surtout en ce qui concerne la colonne lombaire, la méthode McKenzie, très en vogue dans les pays anglo-saxons, bénéficie d’une généreuse validation scientifique. Cependant beaucoup d’études la concernant souffrent de faiblesses méthodologiques, et son efficacité est encore insuffisamment documentée. Par ailleurs des études récentes analysant l’option chaleur dans le but de réduire la douleur en cas de lombalgie, donnent l’avantage à la chaleur contre les exercices MacKenzie. Alors, faut-il user de chaleur qui relève pour beaucoup de scientifiques de l’effet placebo, ou de la très scientifique méthode Néo-Zélandaise MacKenzie ?

L’une des failles de cette façon de « penser tout science » tient en un mot : perfectionnisme. La science alimente la science en un débat sans fin, et ne se satisfait jamais de ses conclusions. Nous ne pouvons pas nous alimenter d’une approche uniquement médico-scientifique du champ thérapeutique de notre profession, il s’agit d’avoir une vision moins manichéenne. Il faut accepter le fait que certaines méthodes de soins soient impossibles à valider, parfois même en contradiction avec la science, et continuer à en user si elles sont efficaces (et sans danger). Dans un article de la revue « kinésithérapie scientifique » de Juillet 93, Eric Viel, Docteur Es-Sciences, aujourd’hui décédé, et l’un des pères fondateurs de notre profession, disait : « En dépit de ce que voudraient nous faire croire nombre de nos confrères, il n’y a rien de scientifique dans notre métier, tout est technique. Ceci est également vrai pour la médecine et la chirurgie ».