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Place de l’orthophonie dans le traitement des troubles de la déglutition après un accident vasculaire cérébral (post-AVC)

, 08:12

S. LAURENT – Orthophoniste au CHIPS Poissy-Saint Germain en Laye :

Le 29 octobre 2015, c’était la « journée mondiale de l’AVC (Accident Vasculaire Cérébral) ».
Il faut sensibiliser le grand public aux signes permettant de détecter cet accident, car plus vite le patient sera pris en charge moins les séquelles seront importantes.

S’il est relativement connu du public qu’une personne ayant fait un AVC peut se retrouver hémiplégique et/ou avoir des difficultés pour parler (aphasie, dysarthrie), il est beaucoup moins connu que des troubles de la déglutition peuvent également être générés par cet accident. On parle alors de « dysphagie ». C’est l’orthophoniste qui va être chargé de son évaluation.
Chez les patients ayant fait un AVC l’incidence de la dysphagie varie de 42 à 76%, avec des intensités variables allant d’un déficit léger à une altération majeure.

La dysphagie, c’est quoi ?

Avant d’expliquer ce qu’est un trouble de la déglutition, voyons d’abord comment se déroule la déglutition normale.

Dans ce qui est la déglutition on distingue trois temps :

  • I - Le temps oral, volontaire : Les aliments sont mis en bouche, mastiqués, enrobés de salive, puis propulsés vers l’arrière grâce aux mouvements complexes de la langue. S’enclenche alors le deuxième temps.
  • II – Le temps pharyngé, involontaire (réflexe) : Le bol alimentaire propulsé par la langue vers l’arrière est envoyé de façon réflexe dans le pharynx. Le sujet est alors en apnée (sans respirer), les voies respiratoires se ferment et les aliments descendent dans l’œsophage grâce aux contractions du pharynx.
  • III- Le temps œsophagien, réflexe : Grâce aux contractions de l’œsophage les aliments descendent vers l’estomac.

La dysphagie post AVC peut intervenir aux temps I et II de la déglutition à cause d’un dysfonctionnement sensori-moteur des organes buccaux et du pharynx. Classiquement on dit que le patient fait des « fausses routes », avec un passage inopportun des aliments ou des liquides dans les voies aériennes supérieures. Ces fausses routes peuvent survenir à différents moments : Avant la déglutition par trouble de la propulsion des aliments, pendant la déglutition avec un défaut de fermeture des voies aériennes, ou après la déglutition par défaut de fermeture laryngée.
En général, lorsqu’il y a un passage de liquide ou aliment dans les voies aériennes, le réflexe de toux va se déclencher et les aliments ingérés vont être partiellement rejetés. Mais après un AVC ce réflexe peut être aboli ou diminué à cause de troubles sensitifs (fausses routes silencieuses). Les fausses routes peuvent également survenir en avalant sa salive.
Le patient va alors présenter des pneumopathies (maladies des poumons) dites « d’inhalation » ce qui multiplie par trois le risque de mortalité.

Après l’AVC l’orthophoniste intervient pour évaluer la déglutition du patient. Des tests sont réalisés pour savoir si le patient peut déglutir ou pas. Selon les résultats il faudra envisager une adaptation de l’alimentation, le temps que le patient récupère ses capacités. La récupération est totale au plus tard trois mois après la survenue de l’AVC, souvent plus rapidement. Parfois hélas les troubles subsistent toute la vie.

L’orthophoniste va proposer des textures alimentaires qui limitent les risques de fausses routes, voire préconiser s’il le juge nécessaire, une suspension temporaire de l’alimentation par voie orale (par la bouche).
Des conseils sont donnés au patient à sa famille et à l’équipe soignante, pour installer le patient durant ses repas dans une position de déglutition la plus sûre possible, afin d’éviter les fausses routes. Il s’agira aussi de choisir les textures alimentaires les plus adaptées.

Au fur et à mesure de sa récupération le patient reprendra progressivement une alimentation normale.

En conclusion, manger est une nécessité pour tous, un plaisir pour beaucoup, un péché pour certains, et un danger pour d’autres, tels ceux évoqués dans ce billet.

Le conseil du Kiné : à quoi servent les activités de renforcement musculaire ?

, 10:07

Suite du billet : quelle préparation ? Pourquoi un sport d'endurance pour les malades ?

5- A quoi servent les activités de renforcement musculaire ? Dans quelles pathologies sont-elles indiquées et Pourquoi ?

Le renforcement musculaire représente l’ensemble des moyens pour entretenir ou augmenter la définition musculaire (des muscles squelettiques striés). C’est une activité anaérobie qui consomme du glucose. Une fois les réserves sanguines et hépatiques de glucose épuisées, le corps puise dans les réserves de graisse. Il permet donc d’augmenter sa masse musculaire maigre, au détriment de la masse grasse. De récentes études scientifiques dévoilent qu’il est plus efficace en matière de perte de tissu adipeux (diabète). Il provoque une élévation du métabolisme de base général (besoins énergétiques minimum de l’organisme. Exemple pour un homme de vingt ans en bonne santé d’1,80 m pour 70 kg = 1500 kilocalories, donc une élévation durable de la consommation de graisses de réserves au repos. Alors qu’avec un entraînement cardiorespiratoire le métabolisme de base retombe assez vite à la normale. De plus, ce dernier pratiqué en excès favoriserait même une perte musculaire (catabolisme). Un entraînement musculaire intense de 60 minutes par exemple, provoque une élévation du métabolisme de base durant les 9 à 15 heures suivant la phase de l’entraînement. Plus la personne acquiert du muscle en relation avec une alimentation adéquate, plus elle « brûle » ses graisses. Seulement, il y a un inconvénient : si elle s’arrête… le processus s’inverse.

Pour rester en bonne santé, la pratique d’exercices de renforcement musculaire utilisant la majorité des muscles au moins deux fois par semaine, est recommandée en plus de l’activité d’endurance, par le Collège américain de médecine du sport et l’Association américaine de cardiologie. Il faut cependant veiller au bon placement de son bassin et de sa colonne vertébrale. Le placement corporel est en effet essentiel pour ne pas créer de déséquilibres.

Lesquelles sont-elles, ces méthodes de renforcement musculaire :
- Contractions concentriques dynamiques (ex : flexion des genoux), ou isométriques (pas de variation de longueur).
- Travail stato-dynamique pour passer d’une phase statique à une phase dynamique. Ex : sauter d’un position élevée et se réceptionner en restant plus ou moins longtemps genoux fléchis.
- Pliométrie = exercices de musculation visant à placer le muscle en position d’étirement avant la phase de contraction pour bénéficier de son élasticité. Exemple : sauter au sol depuis une marche avant de sauter en l’air le plus haut possible.
Il y a aussi l’électrostimulation. Ces appareils qui stimulent nos muscles par courant électrique.

Dans quelles pathologies les privilégier ?

En cas d’amyotrophie (perte de masse musculaire), ou pour suppléer à une partie du corps déficiente.
1 - Amyotrophie.
Pour l’amyotrophie due au vieillissement, la sarcopénie.
En Neurologie ( SEP, AVC, paraplégique ou tétra) pour lutter contre fatigue, gagner en force, sur la fonction et la mobilité, augmenter son périmètre de marche, renforcer son autonomie.
En cas de rhumatisme musculaire comme la Fibromyalgie. Les déplacements, les mouvements sont plus limités, moins douloureux, fatigants, que dans le sport d’endurance.
En rhumatologie dégénérative ( pathos arthrosiques), pour renforcer la masse osseuse.
En cas d’insuffisance rénale ou cardiaque.
Dans la BPOC (bronchite obstructive chronique), dans l’asthme vieillissant, la musculature thoracique est vite déficiente, l’attitude est orientée vers l’arrondissement du dos, avec déficience des muscles rachidiens.

2 - Pour suppléer une partie du corps déficiente. Dans le handicap, par exemple le paraplégique a besoin d’un tronc et de bras solides, pour compenser son déficit aux membres inférieurs.

Y-a-t-il une autre catégorie d’activité sportive ?
Peut être la «Wii thérapie », ce que proposent maintenant toutes les consoles à gym, ainsi que les plate-formes stabylomotrices dévolues aux Kinés et podologues (qui ont les mêmes options que la Wii mais adaptées au professionnel). Nintendo sur DS propose par exemple avec « Face training » d’entraîner les muscles de son visage, il y a aussi le «Visual training » ou gymnastique des yeux. Entraînement qui n’existe pas dans les options traditionnelles des activités sportives.

De plus, ces consoles sont axées sur le ludique et créent des univers dans lesquels on peut se bouger en n’étant plus dans le réel mais dans le virtuel, ainsi que ni tout à fait non plus dans l’endurance et la musculation traditionnelles, puisqu’on n’est pas entouré de « vrais gens » avec lesquels on serait en interaction, sur de « vrais terrains plats ou bosselés », dans des conditions climatiques changeantes, etc. Ceux qui ont créé le concept voulaient avant tout : « faire prendre conscience de son corps », puis par exemple aider les enfants à se latéraliser (bien faire fonctionner ensemble côté droit du corps et côté gauche). Ils ne se doutaient pas de la vogue suscitée et de la nécessaire surenchère aux nouveautés.

C’est là un complément d’entraînement devenu incontournable, accessible aux sujets les plus malades et les plus âgés ; à ceux notamment qui ne peuvent pas sortir de chez eux pour des raisons médicales, ou autres.

Il y a aussi certaines machines comme les plate-formes vibrantes, qui stimulent passivement le muscle, améliorent le retour veineux, et semblent avoir un effet bénéfique sur l’ostéogénèse (lutte contre l’ostéoporose). C’est là une catégorie sportive visant certes le renforcement musculaire, mais en marge de l’entraînement classique. C’est une néo-activité.

A suivre...